jeudi 22 mai 2008

LE FIL COUPE


Le fil coupé, fin de la course du verre à 1500 degrés.
S.R.

CORPS CHANGEANT

Drôle d'impression que ce corps qui change... drôle d'impression que ce corps en mouvement, étiré, chahuté, allongé, ridé, tassé, et qui abrite pourtant la vie.
Drôle d'impression que cette matière en fusion, qui rougeoie et explose, bouillonne à 1500 degrés, se liquéfiant peu à peu, changeant de matière.
Drôle d'impression que de créer une matière en mouvement, à partir d'une autre inerte.
Cette lumière est fascinante, impossible à regarder en face, les yeux brulent et larmoient.
On ne peut pas impunément regarder l'antre du Monde, la matrice, l'origine du Monde.
Elle brule les esprits et les corps, c'est une transgression d'un mystère de la création, d'une interrogation perpétuelle.
Cette matière mouvementée et bouillonnante va peu à peu s'écouler de la matrice créatrice, au bout de vingt-quatre heures. Elle coule en lentes rivières de lave écarlates et brulantes, dans d'inonbrables canaux, parcourant ainsi dans une discontinuité sans fin, des recoins inconnus.
Puis le verre liquéfié arrête bientôt sa course à mille degrés. Elle sort en pâte molle et visqueuse à travers des milliers de perforations microscopiques, pour finir enfin sa course en milliards de petits cheveux d'anges. Ces fils soyeux s'enroulent encore dans de grandes bobines couleur argent. Le fil est coupé, la fibre est créée.
S.R.

mercredi 21 mai 2008

OUVERTURE

En attente du soir.

mardi 20 mai 2008

NOTE BLEUTEE

Une gastronomie de la musique... Ahmad Jamal, émotion du corps à l'écoute de ces notes bleutées, et douces, douces. Bords du Rhône, été, chaleur, un soleil dru tape sur nos têtes. Nos corps se tendent, s'attirent et s'entrechoquent.
Redescendre sur terre, arrêter toute respiration. Arrêter la main qui s'approche. Ecouter la musique qui s'élance du piano, et qui raisonne à mon corps.
S.R.

lundi 19 mai 2008

BAL MASQUE

Un bal masqué en plein jour, un jour de printemps... Je laisse en suspension, comme ce conflit qui n'en finit pas d'agoniser et de renaître, dévorant chaque protagoniste de chaque côté des armes.
Ce conflit entre frères partageant une même terre, partageant une même histoire, vieille de centaines d'années. Une histoire qui n'en finit pas de se reproduire sans cesse, sans répits, engendrant peurs, haine, cris et incompréhensions de part et d'autre.
La réponse arrivera-t-elle enfin, comme certains l'espèrent ? Soixantes ans après, la situation s'est figée dans un rapport de forces insoutenable pour beaucoup. Que faut-il faire pour nouer ce dialogue, que pourtant tant de personnes appellent de chaque côté ?
S.R.

ENVIES

écrits en attente... le temps que j'écrive des récits d'hôpitaux.
S.R.

dimanche 18 mai 2008

SANS COMMENTAIRE

Avignon, Rocher des Doms... devant la cathédrale. Pure méditation du soir, pur exil intérieur, pur sentiment de trouble face aux fées qui parcourent mon espace.
Le moine aime parler des fées qui volent devant ses fenêtres, des fées du Rhône, fleuve groggy, endormi, enchevêtré et meurtri, qui a perdu toute sa liberté. Le moine aime le toro qui ouvre la voie du sang, dans l'arène surchauffée des milliers de corps en attente d'émotions.
Le moine aime les airs, aime l'Atlantique et le pays Basque. Il s'y est exilé pour un temps.
Le moine raisonne des écrivains qu'il lit, qu'il jouit, qu'il anime chaque jour de sa voix.
Moi, je ne suis qu'une fille des Airs, qu'une fille de l'espace, qu'une fille du temps qui passe.
Je ne suis qu'une Roman, une romance d'un temps décalé.
Et je choisis mes décalages, j'orchestre parfois mes rencontres, ou je me laisse orchestrer, c'est selon.
S.R.

AUTRE RIVE

Tu es à présent encore plus loin de moi, de l'autre côté de la mer, par delà les montagnes du Rif, et plus loin encore, entouré d'océans. Je laisse la lumière dans ma chambre allumée, pour que tu aperçoives au loin, le scintillement de mon corps.
Je suis comme les vagues qui lèchent et embrassent la rive dans un élan d'amour et qui se repentent aussitôt en repartant au large. Je suis ce mouvement, inexorablement : joie, euphorie, sourires et croyances, et puis tout s'en va et se retire de moi, car j'ouvre les yeux.
S.R.

samedi 17 mai 2008

ZONE INTERDITE

N'en déplaise à certains, qui d'ailleurs...? N'en déplaise à d'aucun, je vous mets un grillage, un fil de barbelés, une ligne entre vous et moi, et je déciderai, quand il sera temps, de l'ôter, de l'effeuiller, de la déplacer, pour vous montrer ma main, mon dos, une voix, mon genoux, ou toute autre chose.
Je vous laisse en compagnie de deux légionaires blessés et punis derrière ces barbelés qu'ils soutiennent de leurs corps. Je vous laisse entre de bonne mains.
S.R.

vendredi 16 mai 2008

BULLES D'ESPRIT

De petites bulles sortent de mon esprit, partent et fument, explosent en milliers de couleurs tendres et vives, en milliers de picotements aigus et froids.
Picotements dans mes neurones, picotements dans ma tête, picotements dans tout mon corps, picotements dans mes entrailles et dans mon coeur.
Petites bulles rafraîchissantes, enivrantes, pimpantes et parfois drôles.
Petites bulles de lait trop tôt tiré de ses mamelles, bulles de sang, rouge feu, rouge criant, rouge damour, rouge du plaisir donné par d'autres petites bulles de sperme giclé, envoyé par ton corps au fond du mien. Petites bulles de larmes qui doucement s'écoulent, petites larmes qui sortent et rougissent mes yeux et couvrent mes joues, qui s'emparent de mon corps, s'emparent de mon être.
"La porte de tout conte est une femme", écrit Amin Zaoui (1),
et si la porte de tout conte, était un homme ?
Et si la porte de mon conte, éternellement, était un homme ?
Un homme changeant avec le temps, changeant au fil des rencontres, au fil des pas que je trace sur le sable...
J'ai longtemps tracé mon corps sur le sable de l'Afrique.
Tunisie, Algérie, Niger, Tchad, Lybie encore ou bien Egypte.
Mes pas ont traversé la mer, ont traversé les continents, éphémères empreintes laissées sur des centaines de routes et de chemins, tracés par moi, de façon toute éphémère.
Mes pas dans ce sable qui coule, ne laissent pas de traces. Mes pas s'envolent déjà, dès le vent qui se lève. Mes pas sont mêlés dans les pas d'autres voyageurs, qui me suivaient sans cesse... tout le temps, sans répit aucun.
Mes pas se tracent ici à présent, dans le sud de la France. Mes pas ne marquent plus dans le sable doré et chaud, sensuel et doux. Mes pas ne marquent plus la porte de mes contes.
S.R.
(1) "Sommeil du mimosa", Le Serpent à Plumes, 1998

mardi 13 mai 2008

LUNE ET SOLEIL

Le soleil, la lune ont disparu de mes pensées ce jour... un monde terne sans vagues, sans ondulations.

lundi 12 mai 2008

OUBLI

Ma tête raisonne encore des bruits assourdissants des mortiers qui s'abattent sur le champ de bataille... des flèches me transpercent de toutes parts, mon crane semble exploser tant il est assailli par un bruit frénétique et sans fin, des milliards de sons m'assaillent, des milliards de lumières et de flash agressifs m'oppressent.
Je n'ai nul répit, je n'ai nul moment libérateur, tant la pluie de projectiles de toutes sortes est intense... le jour s'est levé depuis longtemps déjà, et pourtant le ciel est sombre de toutes les armes qui vrombissent et qu'eux et nous, s'échangeons dans un impressionnant ballet de fous.
Nous avons tous perdu la tête, nous ne sommes plus dans notre temps, nous avons oublié les repères de notre humanité, seuls comptent les morts, de l'autre côté du champ, de l'autre camp. Seuls comptes les invalides et les définitivement mutilés qui ne pourront pas revenir au front charger la baïonnette au canon. Je ne peux plus supporter ce bruit, ces odeurs de pourriture, de macchabées en décomposition, ces odeurs d'urine et de merde qui envahissent les tranchées, de vomissures et de corps qui pourrissent malgré la vie qui y coule encore. Je ne peux plus voir ce que mes yeux ouvrent au monde qui m'entoure, mon visage est trop las, mes yeux ont trop souffert de tant de souffrance des autres. On voudrait s'allonger et attendre l'obus qui vous transpercerait les tripes, faisant sauter en l'air et dans tous les sens, comme dans un ultime feu d'artifice ! Et vous ferait entrer à la postérité, pour avoir éclairer le ciel de votre lueur éphémère..
S.R.

vendredi 9 mai 2008

DOUBLE

Quelques notes raisonnent encore, le piano bouge et vole essayant de s'accrocher au sol, lui tape, lui assène ses coups pour le retenir, mais sa furie décuplée ne peut être retenue par aucune main, aucun corps, aucun esprit, fut-ce le plus libre au monde.

PIANOTANT


Il n'était pas seul, une myriade, une foule, une masse de pianistes pianisant
entrant tous en scène au fur et à mesure de l'ouverture de mes yeux, entre chaque mouvement, entre chaque arpège, entre chaque mesure, entre chaque silence, pour mieux nous faire entendre le sens profond de la musique, et nous faire voleter sur d'autres horizons.

LE PIANISTE EST REVENU

Debout... comme nous

mardi 6 mai 2008

MUSIQUE DE NUIT A LA ROQUE D'ANTHERON

Une note bleutée pour une musique nocturne, un soir d'été au Festival de la Roque-d'Anthéron.
Un nouveau bonheur du temps, personnel et partagé, avec tous les amoureux musicaux de ce coin de Provence. Notes bleues, notes roses et violettes, notes et gouttes d'un sourire, d'une jubilation mentale, mon corps se tend et mon oreille divague et se laisse porter.
Encore quelques semaines et la musique rejaillira enfin sous cette conque blanche et légère qui encadre nos plaisirs.

samedi 3 mai 2008

BOUCHE

Arles encore... autoportrait à la Fontaine...

TRIPTYQUE D'ESPOIR

Triptyque... d'espoir et de joie, comme la Trinité Sainte, chacun est l'élèment d'un tout, indispensable, essentiel et nécessaire. Irremplaçable ? Peut être pas ...
Entre ces lignes croisées, nos vies s'entrecroisent.
La partition se complique encore, posée, appuyée ou simplement éfleurée.

vendredi 2 mai 2008

REGARDS CROISES

Regards croisés, musée des Beaux Arts, Lille...
Entre Philippe de Champaigne et des artistes d'aujourd'hui.

FEUILLETS DE MOTS

Un bruit, quelques bruits, sourds, brefs et clairsemés... ils se rapprochent se font plus forts, plus perceptibles, une fraîcheur étonnante caresse ma peau, me saisie, je ne comprends pas.
Les bruits se font perceptibles, je tends la main devant moi, où sont les gouttes que l'on entend ? Je ne sens rien, perturbée par ces mots muets que j'entends à présent, les acteurs ont tous quitté la scène, plongée dans une pénombre presque totale, seul un rayon de lumière éclaire un peu la table...
Il pleut de plus en plus, on se regarde, étonnés, je comprends peu à peu, que des gouttes de pluie, en ce mois de juillet si sec, tombent sur la scène de la Cour d'Honneur. Il pleut de plus en plus, de plus en plus fort, de plus en plus bruyamment... je vois les gouttes à présent, je ressens encore mieux la fraîcheur qui monte de la scène. L'eau tombe drue sur la table désertée par les comédiens. Etonnée, souriante, je ne peux que me sentir heureuse de ce moment incroyable, de cette mise en scène, qui me surprend et me transporte depuis les premiers instants, lorsque j'ai vu peu à peu des hommes et des femmes partir de toutes parts, et descendre rejoindre la scène et d'autres comédiens. J'ai souri et compris qu'ici se tramait quelque chose d'importance, dans l'art de dire les mots venus d'autres horizons.
Il pleut sur le sol artificiel de la Cour d'Honneur du Palais des Papes, en ce soir de juillet, il pleut sur les mots de René Char.