Les bruits se font perceptibles, je tends la main devant moi, où sont les gouttes que l'on entend ? Je ne sens rien, perturbée par ces mots muets que j'entends à présent, les acteurs ont tous quitté la scène, plongée dans une pénombre presque totale, seul un rayon de lumière éclaire un peu la table...
Il pleut de plus en plus, on se regarde, étonnés, je comprends peu à peu, que des gouttes de pluie, en ce mois de juillet si sec, tombent sur la scène de la Cour d'Honneur. Il pleut de plus en plus, de plus en plus fort, de plus en plus bruyamment... je vois les gouttes à présent, je ressens encore mieux la fraîcheur qui monte de la scène. L'eau tombe drue sur la table désertée par les comédiens. Etonnée, souriante, je ne peux que me sentir heureuse de ce moment incroyable, de cette mise en scène, qui me surprend et me transporte depuis les premiers instants, lorsque j'ai vu peu à peu des hommes et des femmes partir de toutes parts, et descendre rejoindre la scène et d'autres comédiens. J'ai souri et compris qu'ici se tramait quelque chose d'importance, dans l'art de dire les mots venus d'autres horizons.
Il pleut sur le sol artificiel de la Cour d'Honneur du Palais des Papes, en ce soir de juillet, il pleut sur les mots de René Char.
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