lundi 12 mai 2008

OUBLI

Ma tête raisonne encore des bruits assourdissants des mortiers qui s'abattent sur le champ de bataille... des flèches me transpercent de toutes parts, mon crane semble exploser tant il est assailli par un bruit frénétique et sans fin, des milliards de sons m'assaillent, des milliards de lumières et de flash agressifs m'oppressent.
Je n'ai nul répit, je n'ai nul moment libérateur, tant la pluie de projectiles de toutes sortes est intense... le jour s'est levé depuis longtemps déjà, et pourtant le ciel est sombre de toutes les armes qui vrombissent et qu'eux et nous, s'échangeons dans un impressionnant ballet de fous.
Nous avons tous perdu la tête, nous ne sommes plus dans notre temps, nous avons oublié les repères de notre humanité, seuls comptent les morts, de l'autre côté du champ, de l'autre camp. Seuls comptes les invalides et les définitivement mutilés qui ne pourront pas revenir au front charger la baïonnette au canon. Je ne peux plus supporter ce bruit, ces odeurs de pourriture, de macchabées en décomposition, ces odeurs d'urine et de merde qui envahissent les tranchées, de vomissures et de corps qui pourrissent malgré la vie qui y coule encore. Je ne peux plus voir ce que mes yeux ouvrent au monde qui m'entoure, mon visage est trop las, mes yeux ont trop souffert de tant de souffrance des autres. On voudrait s'allonger et attendre l'obus qui vous transpercerait les tripes, faisant sauter en l'air et dans tous les sens, comme dans un ultime feu d'artifice ! Et vous ferait entrer à la postérité, pour avoir éclairer le ciel de votre lueur éphémère..
S.R.

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