
"Une joie féroce me fait rester auprès de lui, il est de ma famille, et c'est pourquoi j'habite ici. Mais il se refuse à parler avec moi et me laisse dans un grand dénuement.
Une odeur de bois
brulé, d'herbe sèche et de marais dilate mes narines ; c'est l'Afrique, la nuit.
Que des hommes de théâtre montés sur quelque estrade acceptent de jouer devant ce qui peut être un auditoire maintenant en dit long sur leur vulgarité à tous ; je ne sais pas trop ce que je suis, mais lorsque le théâtre d'une époque n'est plus qu'une imposture, il se réfugie peut être entre les mains tremblantes d'un enfant.
Je traverse la cour, la marée montante des étoiles y répand sa lueur. L'aboi des chiens m'a éveillé, loin de toute idée relative à ce qu'il est convenu d'appeler l'identité personnelle.
Au tic-tac de l'horloge mon oncle clôt le secrétaire.
Il me hait, de la haine du Français face à l'indigène.
Je sors, libre, je fais ce que je veux.
Maintenant que tous les arts sont morts, un immense pouvoir s'éveille en moi après cet abandon et dans ma solitude. Pour moi qui suis né avec l'athéisme de mon siècle, cette histoire s'achève par un goût de l'agriculture et de l'astronomie". *
Lybie, le matin s'éveille, seule au sommet de ma dune, je contemple ces vagues parsemées de déchirements de pierre. Il est encore tôt, moment sublime où je
m'appartient encore, je suis libre, mon corps s'élance en communion totale à l'univers qui s'éclaire à peine.
Le sable encore froid, coule sous mes pieds, masse mes orteils, dans une caresse sensuelle.
Le soleil pointe à l'Est, et s'élève peu à peu. Je lui offre une ode secrète, intime et sexuelle, une danse langoureuse en remerciement au Monde que je contemple chaque jour, chaque instant.
S.R.
* François
Augiéras, Le voyage des morts, Les Cahiers Rouges, Grasset.