dimanche 31 août 2008

SOY LIBRE


Soy libre !
Unos ojos estoy viendo,
Por esos ojos me muero.
Soy libre ! Soy bueno !
Y puedo querer.
Ils ont un maître, on me l'a dit,
Mais je les aime, malgré lui.
Je suis libre ! Je suis bon !
Alors je peux aimer.
Quisiera cruzar el rio
Sin me sienta la arena.
Soy libre ! Soy bueno !
Y puede querer.
Mettre des fers au diable
Et des chaînes à l'amour.
Je suis libre ! Je suis bon !
Alors je peux aimer.
Atahualpa Yupanqui

APPARAIS

Apparais
Aide-moi à exister
Aide-toi à exister
O inexistante par qui j'existe
O pressentie qui me pressens
Rêvée qui me rêve
Apparue disparue
Viens vole adviens éveille-toi
Romps les digues avance
Forêt de blancheurs
Marée d'armes blanches
Mer sans bride galopant dans la nuit
Etoile debout
Splendeur qui te cloues dans la poitrine
(Chante blessure ferme-toi bouche)
Apparais
Feuille en blanc tatouée d'automne
Astre aux lents mouvements de tigre
Eclair paresseux
Aigle fixe clignant
Tombe plume flèche parée tombe
Donne enfin l'heure de la rencontre
Horloge de Sang
Pierre de touche de cette vie.
Octavio Paz, Liberté sur Parole, Poésie / Gallimard

LES PIERRES SANS VISAGE

Comme les pierres du Commencement
Comme le commencement de la Pierre
Comme le Commencement pierre contre pierre
Voici les fastes de la nuit :
Le poème encore sans visage
Le bois encore sans arbres
Les chants encore sans nom

A pas de léopard déjà c'est l'irription de la lumière
La parole se lève ondule tombe
Et c'est une grande blessure un silence sans tache.
Octavio Paz, Liberté sur parole, cahier "Condition de nuage", 1939, 1955

DEUX CORPS COTE A COTE

Sont deux lances acérées
Deux corps enlacés, sont deux pics
Deux plaines, deux océans de houles et de tempêtes
Deux corps contre à contre sont un volcan, laves incandescentes
plaines de neiges immaculées
Douceur de la brise dans les cheveux.
S. Roman

FORMATS EGAUX


Mimétisme des couples... des attitudes, des poses, des gestes. Deux corps se répondant, vibrant, à l'écoute. Une tache de sang écarlate grandi peu à peu teintant tes lèvres posées au bord de mon sein. La douceur de sa courbe te fait oublier un instant la douleur ressentie lorsque la lame s'est enfoncée profond dans tes entrailles. Tes yeux se sont figés sur mon sein rebondi et dressé aux cieux. Une main garde encore un peu de vie, cette vie qui te fuis à présent, tu caresses lentement ces seins tant convoités, objets de tes phantasmes, de tes désirs, de ta folie actuelle.
Je t'ai dis souvent de ne pas tout mélanger, le désir, les phantasmes et l'action.
Tu te meures sur mon sein, sur mon ventre vide de toi, tu te meures d'avoir eu trop envie.
Le sang coule de tes entrailles, comme mes entrailles aussi, ont saigné de toi.
Il s'épanche en longs flots de ton ventre entaillé, comme le flot d'un magma qui m'hypnotise.
Dans des convulsions intenses, le flot s'intensifiant, tu te noies dans la mare de ton sang qui enveloppe mon corps.
S.R.

samedi 30 août 2008

LE VOL ARRETE

Le vol arrêté... une chanson de Vladimir Vissotski... Par son timbre de voix éraillée, si particulier, son lyrisme, sa souffrance et la dérision toujours présente, son prénom s'est imposé à moi. Mon premier fils devait s'appeler ainsi. Impossible me dit son père, ce prénom à trop de sens, Vladimir, le premier unificateur de la Russie, le fils d'Olga, celui qui a imposé la religion chrétienne par le sang et les larmes.... Celui qui, aussi, domine le Monde, le Maître du Monde.
L'aîné se nommera Alexeï. Aliocha, Aliochka, Aliochinka... Pas vraiment le choix là aussi !
Alexandre, ce sont les fils aînés de la branche aînée de la famille Terentiev... Depuis combien de générations y a-t-il des Alexandre ? 5, 6 ? De façon certaine, avant qu'ils ne quittent la Russie, l'Union Soviétique n'existait pas encore, la famille était entière, avec la même nationalité, le même passeport... Alors pour nous, fils aîné du cadet d'une fille (!) ce sera Alexeï...
Zaïtchik !
Quant à Vladimir... il devait être prédestiné à son prénom, Micha avait raison !
Vissotski continue... o tchitchornya
S.R.

lundi 18 août 2008

L'ECHELLE DU PARADIS


L'échelle vers mon paradis, vers les cîmes noircies et parfois blanches, de mes pensées d'un été finissant.
S.R.

PONT ENTRE LES TERRES

Premier pont entre deux rives... sera-t-il le dernier, ou bien, ce long serpent de béton et d'acier continuera-t-il sa course, entre les deux rives de la Durance ?
A présent, et près de vingt après les premières évocations, le doute s'est installé.
Manque d'unité des deux rives, égoïsme exacerbés, territoires antagonistes et pourtant se répondant, vivant l'un pour l'autre, l'un avec l'autre.
Comment relier les deux rives d'un même cours d'eau ? On connaît la réponse.
La question à présent est plutôt "pourquoi relier les deux rives de ce même cours d'eau", séparant le sud et le nord d'un même territoire.
S.R.

LE BUT DU JEU

C'est le dimanche des peintres à Châteauneuf-de-Gadagne, Vaucluse. Fête au village, bientôt la fanfare, ou plutôt les fanfares, déambuleront dans les rues tourmentées et étroites, assourdissantes. Quelques danseurs donneront à lire la musique aux sourds et aux aveugles.
Sous un porche, sur une placette, en haut d'un promontoire, ils sont une dizaine, assis ou debout, depuis neuf heures du matin. Il mettent sur toile, sur une surface plane la dimension du monde qu'ils voient et interprètent. Il ne faut pas rechercher, surtout pas, la vérité dans ces taches de couleur posées là. Il ne faut jamais rechercher la vérité de la vie qui passe dans un tableau ou une photo. Tout n'est qu'interprétation, invention, pensées de l'artiste.
J'aime déambuler au hasard et saisir des instants, presque à l'arrachée, dans le plus pur incognito. Ces moments de vie pris sur le fil, m'instruisent et m'enrichissent. Impressions.
S.R.

DEMI LUNE

Féminité à l'état brut, et cependant meurtrière. Le jeune fille faussement endormie sur un banc, alanguie, la jambe gauche repliée, le pied posé sur le banc, laisse apparaître une culotte blanche, presque immaculée. Ses jupes sont relevées, le chat à ses pieds, lèche et lape un peu de lait dans une soucoupe. Un soliflore est posé sur une desserte de bois brun à sa droite, de même qu'un linge beige. Le chat se retrouve dans beaucoup des tableaux de Balthus, de même qu'une jeune fille aux jambes écartées, ou à genoux, offerte, ou les jupes relevées laissant deviner un sexe délibérément nu.
L'exposition de la Fondation Gianadda à Martigny (Suisse), à l'occasion du centenaire de la naissance de ce peintre est troublante, étonnante, elle interpelle.
Elle interpelle autant par le choix des sujets, leur représentation, que par les couleurs pastel, délavées, vues à travers un filtre, le filtre de notre conscience.
Dans Le Salon (II), réalisé en 1942, et normalement exposé au Museum of Modern Art New York, le peintre met en scène trois personnages : une jeune fille lisant un livre par terre, dans une position décidément inconfortable, un chat beige, presque blanc, qui observe le livre, et assise alanguie sur un divan, une deuxième jeune fille, le bras caressant le dos du divan, la tête rejetée en arrière, yeux parfaitement clos, dans une posture toute sensuelle et sexuelle.
La jeune fille à la jupe bleue, chemisier noir et petit boléro rouge, a les joues rouges, les jambes écartées, ou plus exactement, un pied sur le sol et l'autre relevé sur le divan. L'allusion est parfaite, bien que Balthus se soit défendu souvent de peindre de l'érotisme... "L'érotisme est dans l'oeil de celui qui regarde " a-t-il dit.
Ahmad Jamal égraine ses notes fluides et ses gestes précis sur le clavier...
Les jeunes filles de Balthus rêves de moments érotiques, nos yeux les perçoivent, le peintre lui, ne voulait saisir et restituer que "le caractère divin de la vie et du monde familier". L'amour, la sensualité, la jouissance, l'abandon, l'extase qui en résulte parfois, ne sont-ils pas justement, les parfaits moments de divinité accordé sur cette Terre ? Tout comme certains moments intenses et intemporels de la musique ? Celle d'Hamad Jamal, justement ?
S.R.

jeudi 7 août 2008

DEUX VERRES, LIT ENCORE FAIT,MAINS D'HOMME

Un lac de montagne, deux verres de vin, quelques friandises salées, posées sur la table de la terrasse d'une chambre d'hôtel : le lit est encore fait, les couettes sagement reposées, les deux oreillers gonflés et arrondis.
Ton verre est presque vide, le mien est plein, je m'enivre plus vite que toi de ce Bourgogne... je ne me souviens plus du nom, tu me l'as dit au moins trois fois pourtant ! Je retiens rarement les noms des vins, je sais les aimer, les déguster, les goutter, les boire, et m'en enivrer, surtout en ta présence. Toi... tu es ce que l'on appelle, un " connaisseur " un amateur, un buveur raffiné, un vineur éclairé, un jouisseur de la vie ! Ta cave est remplie de bouteilles, quelques unes assez anciennes, et lorsque tu me reçois, ou lorsque nous partons, tu en sors toujours quelques unes de très appétissantes ! Rarement tu mets à côté de mes goûts !
Je me délecte de cet instant magique le soir, le soleil s'effondre dans le lac des Quatre Cantons... lumières pastels, mélanges de bleus et de verts " tes lunettes te permettent-elles de voir toutes les nuances de vert ?" Tu t'inquiètes de ma capacité à voir les couleurs, les mêmes couleurs que toi, de la même façon, en même temps.
Tu sais, que l'on ne voit jamais la même chose, au même instant, et on n'en garde jamais le même souvenir ?
Nos perceptions sont différentes, par définition. Nos vies, nos joies nos souffrances influent sur les perceptions du monde, sur les ressentis des tableaux qui prennent vie sous nos yeux, effrayés ou émerveillés. Etonnés, envieux, amoureux... ou je ne sais encore quoi.
Que ferons-nous après ces coupes partagées, ces quelques agapes....
Le lit sera défait, plus tard, seulement un peu plus tard.
Patience...
S.R.