dimanche 2 janvier 2011

LA PISTE ETERNELLE


L'enseigne de bois pendait à une fenêtre aux vitres rendues opaques par la poussière et la crasse de dizaines d'années. C'était une enseigne toute gondolée, toute fendillée, décolorée par le temps et la pluie. L'atelier des frères Ceniza se trouvait à l'entresol d'un immeuble de cinq étages, au centre du quartier médiéval El Fundi. Tout ici respirait l'antique, depuis l'état de l'immeuble, franchement délabré, jusqu'aux escaliers bancals qui descendaient à l'atelier. Enfin, une fois passée la porte, on était pris à la gorge par une forte odeur de colles, de cire, de peaux brulées, et de cuirs tannés. Il y avait des livres partout, sur les étagères croulantes, sur le sol, jusque sur les tables et les établis. Les peaux, de différentes tailles, couleurs et qualités, pendaient à des lames minces de bois, attendant le jour où elles renaîtraient et connaîtraient leur heure de gloire, redonnant vie à un ouvrage vieux parfois, de plusieurs siècles.
S Roman, avec Arturo Perez-Reverte

1 commentaire:

Fernando a dit…

Le livre numérique, même s'il plait aux asthmatiques, ne remplacera jamais un bon vieux livre relié en peau de chèvre.